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Ouvrir davantage un espace agricole communal aux habitant·es

La situation de départ : un projet qui existe déjà, mais autour d’un petit cercle

La commune de 500 habitants dispose d’un espace agricole communal. Une organisation collective est déjà en place : une association intervient dans le projet et une commission extra-municipale réunissant trois élu·es et trois membres de l’association permet déjà de croiser responsabilités communales et engagement associatif. Le groupe envisage maintenant une nouvelle étape : élargir la participation des habitant·es autour de cet espace. La création d’un local d’échange et de rencontre fait également partie des évolutions envisagées. La question n’est donc pas simplement : « Comment attirer plus de monde ? » mais Comment passer d’un projet porté par quelques personnes engagées à un espace dans lequel davantage d’habitant·es peuvent contribuer, agir et trouver leur place ?

Le véritable enjeu : ouvrir sans épuiser celles et ceux qui font déjà

Les bénévoles sont à la fois une ressource indispensable et un public qu’il ne faut pas considérer comme toujours disponible.

C’est une question particulièrement importante dans une petite commune. Élargir la participation ne devrait pas simplement signifier demander davantage aux personnes déjà engagées.

Le Guide de réflexion à la participation citoyenne dans les territoires ruraux souligne précisément que les petites collectivités peuvent s’appuyer sur l’énergie des habitant·es, mais que cela suppose de leur permettre de prendre réellement en charge certaines actions et de clarifier la coopération avec les élu·es.

L’enjeu devient donc double : faire entrer de nouvelles personnes et mieux répartir les possibilités de contribuer

Ne pas seulement consulter : permettre d’agir

Le groupe place son ambition assez haut dans le chemin de participation : il évoque « permettre d’agir ». Cela signifie que les habitant·es ne sont pas seulement invité·es à donner leur avis sur l’espace agricole. Ils et elles peuvent aussi participer à des activités, prendre certaines responsabilités et contribuer concrètement à la vie du projet. Le groupe rappelle toutefois la nécessité de revenir régulièrement vers l’information : agir ensemble suppose aussi que chacun·e sache ce qui se passe et ce qui a été décidé.

Cette approche rejoint une idée présente dans les ressources sur les communs : l’ouverture d’un bien collectif ne concerne pas seulement son usage, mais aussi la possibilité de participer à sa gouvernance et à sa préservation.

Pour cet espace agricole, trois questions deviennent donc très concrètes :

Qui peut utiliser ou participer à l’espace ?
Qui peut contribuer aux décisions ?
Qui contribue à son entretien et à sa préservation ?

Plusieurs portes d’entrée plutôt qu’une seule réunion

Le groupe imagine déjà différents formats pour toucher les habitant·es :

un pique-nique citoyen annuel,
des ateliers,
du théâtre ou du théâtre-forum,
des panneaux d’information,
et un réseau de communication de type WhatsApp.

L’intérêt est précisément de ne pas tout faire reposer sur une réunion publique.

Le guide de concertation présent dans la base rappelle qu’il n’existe pas d’outil unique permettant de mobiliser tout le monde : les démarches les plus efficaces combinent information générale, invitations directes, relais locaux et rencontres sur le terrain.

On peut donc donner à chaque outil une fonction claire :

Panneau / WhatsApp → informer
Faire savoir ce qui se passe et comment participer.

Pique-nique → rencontrer
Créer une occasion facile d’entrer dans le projet.

Atelier → construire
Travailler sur un besoin ou une proposition précise.

Théâtre-forum → discuter autrement
Faire apparaître des points de vue, des tensions ou des situations concrètes.

Un point reste à clarifier : qui décide quoi ?

Plus les habitant·es seront invité·es à contribuer, plus il faudra pouvoir expliquer simplement :

ce que décide la commune ;
ce que peut décider l’association ;
ce que la commission peut arbitrer ;
ce que les habitant·es peuvent directement prendre en charge ;
et comment une proposition passe d’une idée à une décision.

Fréquence Commune documente une pratique particulièrement adaptée à ce besoin : les fiches projets utilisées par certaines communes pour préciser l’objectif d’un groupe de travail, sa composition, ce qui est déjà décidé, son périmètre de décision, son budget éventuel, ses échéances et ses contraintes.

Un outil très simple à reprendre

Pour chaque projet ou activité de l’espace agricole :

Pourquoi le faisons-nous ?
Qui participe ?
Qu’est-ce qui est déjà décidé ?
Sur quoi ce groupe peut-il décider ?
Quel budget ou quels moyens possède-t-il ?
À qui doit-il rendre compte ?

Cela permet de donner de l’autonomie sans créer de flou.

Une répartition des rôles commence déjà à apparaître

Le groupe esquisse une organisation possible :

Les élu·es suivent le projet et les dépenses.
Les agent·es peuvent intervenir lorsque cela est nécessaire.
L’association joue un rôle d’animation et d’entretien.
Les habitant·es peuvent participer aux activités et rejoindre le collectif associatif.

Cette première répartition est intéressante, mais elle gagnerait à être complétée par une question supplémentaire : Comment une personne qui ne souhaite pas devenir bénévole permanent·e peut-elle quand même contribuer ?

Participer à une journée, proposer une activité, aider ponctuellement, partager une compétence ou prendre part à une décision peuvent être autant de formes d’engagement différentes.

Élargir la participation, c’est aussi permettre plusieurs intensités d’engagement.

Le groupe de travail met surtout en avant une évolution de la manière de travailler : être à l’écoute, dépasser les préjugés entre commune et association, mieux communiquer avec les habitant·es et construire de la confiance. Élargir la participation ne consiste pas seulement à faire venir plus de personnes. Il s’agit de rendre plus facile l’entrée dans le projet, plus lisible la répartition des responsabilités et plus réelle la possibilité d’agir.

« Qu’est-ce qu’un·e habitant·e peut réellement faire aujourd’hui dans ce projet — et qu’aimerions-nous qu’il ou elle puisse faire demain ? »

L’Archipel de Kembs

Une ferme cogérée par la commune et les associations

À Kembs, dans le Haut-Rhin, un projet agricole et pédagogique s’est construit progressivement à partir d’initiatives citoyennes, d’associations locales et du soutien de la commune. L’Archipel rassemble aujourd’hui une ferme maraîchère, des activités pédagogiques et différentes initiatives autour de l’alimentation et de la transition écologique. Le projet a été conçu en intelligence collective par des citoyen·nes regroupé·es dans trois associations, avec l’appui de la collectivité.

La commune met notamment du foncier à disposition et participe à l’emploi du maraîcher ; les associations contribuent au développement du projet, à son animation et aux activités avec les habitant·es et les écoles. Cette organisation permet ainsi à plusieurs acteur·rices de porter le même projet sans que tout repose sur une seule structure.

Ouvrir la gouvernance demande de préciser les responsabilités, les moyens et les espaces de coordination.

La Ferme du Chant des Cailles

Donner de l’autonomie sans décider de tout ensemble

À Bruxelles, la Ferme du Chant des Cailles associe depuis plusieurs années activités agricoles professionnelles et initiatives citoyennes : maraîchage, élevage, jardins collectifs, épicerie participative, activités pédagogiques et événements. Elle rassemble une association citoyenne et une coopérative regroupant les activités professionnelles. La ferme a choisi une gouvernance horizontale, inspirée de la gouvernance partagée et de l’intelligence collective. Les différents pôles disposent d’une autonomie pour gérer leurs activités, à l’intérieur de règles et de valeurs définies collectivement. Les membres peuvent participer à différents groupes de travail et lieux de décision. Autrement dit, tout le monde ne décide pas de tout. Les décisions peuvent être prises au niveau où elles sont les plus pertinentes : certaines questions concernent l’ensemble du projet ; d’autres peuvent être laissées à un groupe ou à une activité particulière. Des statuts et des chartes servent de cadre commun à cette autonomie. La coopérative apporte un autre repère : une personne = une voix, quel que soit le nombre de parts détenues. Elle permet également aux trois activités agricoles professionnelles de mutualiser certaines ressources et décisions.

C’est une piste particulièrement utile pour un espace agricole communal déjà animé par une commune, une association et des bénévoles : donner de l’autonomie tout en fixant clairement les limites et les responsabilités de chacun·e.